Soudan : MSF dénonce des coupes des financements internationaux aux conséquences dévastatrices
Au Soudan, Médecins Sans Frontières (MSF) constate les effets dévastateurs de la baisse des financements internationaux sur les populations déjà grandement affectées par la guerre. Alors que les dirigeants du monde entier se réunissent à l’Assemblée générale des Nations unies, MSF appelle les gouvernements et les bailleurs à augmenter les financements destinés aux services de santé essentiels au Soudan, et à garantir des financements flexibles, prévisibles et transitoires afin d’éviter l’interruption brutale de services indispensables.
Alors que le Soudan fait face à l’une des plus graves crises humanitaires au monde, conséquence de plus de trois années de guerre, l’impact de la baisse de l’aide internationale se fait désormais sentir sur le terrain. Un an et demi après la fermeture de l’USAID en 2025, les financements accordés à de nombreuses organisations intervenant au Soudan ont pris fin de manière effective en juin dernier. Si les États-Unis demeurent le principal bailleur du pays, notamment à travers le financement d’OCHA et d’autres organisations, de nombreux prestataires de soins n’ont pas trouvé de financements alternatifs, ce qui entraîne la fermeture d’un grand nombre de structures de santé.
Au Darfour central, 45 centres de soins de santé primaire ont cessé de recevoir un soutien en mai, l’organisation qui les appuyait n’ayant plus les financements nécessaires pour poursuivre ses activités. Or, entre janvier et avril 2026, les admissions dans les structures soutenues par MSF à Zalingei et Rokero, au Darfour central, avaient déjà augmenté de 22,5 % par rapport à la même période en 2025.
Des structures de santé saturées
« La guerre fait exploser les besoins au Soudan, tandis que les coupes budgétaires réduisent la réponse humanitaire », explique Muhammad Ibrahim, chef de mission de MSF au Soudan. « Les activités de MSF sont financées par des dons privés. Mais lorsque les financements disparaissent pour d’autres services de santé, les cliniques ferment, les patients ont moins d’options pour se faire soigner et la pression se reporte sur les structures qui restent ouvertes, y compris les nôtres. »
Dans le camp de Tanedba, dans l’État de Gedaref, où vivent 18 400 réfugiés, le départ d’une organisation humanitaire en juin a entraîné la fermeture des services de maternité et de chirurgie. Les femmes nécessitant une césarienne doivent désormais parcourir trois heures de route pour accéder aux soins. MSF a repris la gestion du service des urgences jusqu’à la fin de l’année.
« Fermer une clinique ne fait pas disparaître un patient », souligne Sebastián Traficante, coordinateur des urgences de MSF au Darfour. « Cela ne fait que le rediriger vers l’établissement suivant. Après un trajet plus long et plus coûteux, les patients arrivent souvent dans un état plus grave, alors que l’hôpital est parfois déjà saturé. MSF peut renforcer certains services, mais nous ne pouvons pas compenser chaque fermeture. »
La situation est similaire à Um Rakuba, où moins de dix organisations humanitaires sont désormais présentes, contre environ 35 en 2021. Le camp accueille aujourd’hui près de 17 000 réfugiés, principalement des femmes et des enfants. « Notre hôpital d’Um Rakuba constitue désormais la seule bouée de sauvetage pour les réfugiés comme pour les communautés soudanaises locales », explique Fabrizio Locuratolo, responsable des affaires humanitaires de MSF.
Au Soudan, il faut choisir entre se soigner et se nourrir
Dans le camp de personnes déplacées de Hamidiya, au Darfour central, un centre de santé qui assurait des soins de maternité, de pédiatrie et de santé mentale fonctionne en capacités réduites depuis qu’une organisation internationale a cessé de le soutenir. Le nombre de consultations quotidiennes est passé d’environ 200 à seulement 40, et les vaccinations ont cessé. Cette baisse ne signifie pas que les besoins ont diminué : les patients et les patientes ont simplement cessé de se rendre dans un centre qui n’est plus en mesure de les soigner.
« Les conséquences des coupes budgétaires vont bien au-delà des soins de santé. Les rations alimentaires diminuent et les programmes de protection sont démantelés, supprimant les derniers mécanismes de soutien », explique Fabrizio Locuratolo, responsable des affaires humanitaires de MSF.
Au Darfour, un travailleur gagne environ un dollar américain par jour. Le transport jusqu’à une structure de santé encore opérationnelle coûte environ deux dollars, soit l’équivalent de deux jours de salaire. Pour de nombreuses familles, accéder aux soins revient ainsi à choisir entre se soigner et se nourrir. « Avec cet argent, je peux acheter de la nourriture », a confié un patient à MSF. « Sans nourriture, il ne peut pas y avoir de santé. »
À Tawila, au Darfour, malgré la présence d’une cinquantaine d’ONG, d’importantes lacunes persistent pour près de 600 000 personnes déplacées. MSF y gère le seul hôpital de 200 lits de la région et demeure la seule organisation capable de mettre en œuvre une réponse à grande échelle en cas d’épidémie.
Les cas de paludisme et de malnutrition sont déjà en hausse, avant même le pic de la saison des pluies. En août, les équipes ont admis 191 enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition sévère dans leur centre d’hospitalisation nutritionnelle. Près de 22 % d’entre eux étaient également atteints de paludisme.
Une crise humanitaire qui reste largement sous-financée
En plus des Etats-Unis, plusieurs gouvernements européens ont également réduit leur aide au Soudan. Les données préliminaires de l’OCDE montrent que l’aide des institutions de l’Union européenne a reculé de 13,8 % en 2025, tandis que plusieurs grands bailleurs européens ont réduit leurs dépenses globales d’aide. À l’échelle mondiale, l’aide humanitaire a chuté de 35,8 %.
Ces coupes interviennent dans un contexte où la réponse humanitaire au Soudan est déjà très largement sous-financée. Selon les Nations unies, 825 000 enfants de moins de cinq ans risquent de souffrir de malnutrition aiguë sévère cette année, tandis que 19,5 millions de personnes étaient confrontées à des niveaux de malnutrition critiques plus tôt cette année. Pourtant, le Plan de réponse humanitaire des Nations unies, doté de 2,87 milliards de dollars, n’est financé qu’à hauteur de 41 %. Dans le même temps, 37 % des structures de santé du pays seraient totalement hors service, selon les Nations unies.
L'action de MSF au Soudan
Au Soudan, face au conflit et aux conditions sanitaires dramatiques, Médecins Sans Frontières (MSF) apporte une aide médicale d'urgence aux populations victimes des combats et aux personnes déplacées. Nos équipes gèrent les urgences chirurgicales et les blessés, dispensent des soins pédiatriques et maternels, luttent contre la malnutrition infantile et soutiennent les victimes de violences sexuelles.