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        Quelle est la frontière entre savoir (sans détruire) et révéler ce qui doit rester caché ?
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        15.9.2026
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    <autor>
          | Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines
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        Dans cet article scientifique, des chercheurs du LAAB et des adeptes béninois explorent les limites techniques, anthropologiques et éthiques de l’étude radiologique (scanner) de céramiques rituelles et de fétiches du Vodou d'Afrique de l'Ouest.
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Cet article, co-signé par des chercheurs du LAAB et des adeptes du vaudou béninois présente l’utilisation de la tomodensitométrie (TDM/CT-scan) pour étudier des objets rituels Vodun d'Afrique de l'Ouest dont l’intégrité matérielle et symbolique ne pouvait être compromise par une ouverture, une "dissection" ou un prélèvement. L’originalité de la démarche réside donc moins dans l’emploi du CT-scan en archéologie (déjà largement établi) que dans son application à des objets religieux encore investis d’une dimension spirituelle, en intégrant explicitement les considérations éthiques et culturelles de la communauté concernée.

Trois objets ont été examinés : deux récipients en céramique (« canaris ») provenant des fouilles des palais royaux d’Abomey, mesurant respectivement 13 et 20 cm, et une calebasse rituelle de 40 cm, provenant du marché de matériel Vodun de Bohicon et conservée dans les collections du LAAB. Tous ont fait l’objet d’une véritable « autopsie virtuelle », par TDM haute résolution avec reconstructions tridimensionnelles.

L'imagerie a permis de révéler, sans ouverture physique, la structure interne et le contenu rituel des objets. Dans les deux canaris, elle a notamment montré une accumulation sédimentaire correspondant à la dégradation progressive des offrandes alimentaires destinées aux ancêtres et aux divinités. Certaines images évoquent des offrandes végétales (arachides, graines de jujubier, noix de cola ou noix de palme) ainsi que des dépôts graisseux probablement liés à d’anciennes libations d’huile de palme. Les auteurs soulignent toutefois que le CT permet surtout d'identifier des densités et des morphologies : il ne permet pas, à lui seul, d'établir avec certitude la nature botanique des matériaux.

La calebasse, associée à Heviosso, divinité liée notamment à la justice sociale et à la foudre, a révélé une architecture interne complexe : récipients en céramique enchâssés dans une importante couche de matériel sacrificiel, ainsi que des objets votifs, notamment des cauris provenant des côtes d’Afrique orientale. La reconstruction tridimensionnelle a ainsi permis d'accéder virtuellement à des éléments qui auraient été impossibles à observer sans démontage ou destruction de l'objet.

Mais le cœur de l'article est éthique autant que radiologique. Dans la conception Vodun, certains objets ne sont pas de simples artefacts inertes : ils peuvent être considérés comme des réceptacles de forces spirituelles ou de présences ancestrales. Les ouvrir ou les disséquer pourrait donc être assimilé à une mutilation. À l'inverse, le CT-scan peut être interprété comme une forme d'« examen médical », permettant de connaître l'intérieur de l'objet sans lui faire subir de dommage matériel.

Cette démarche a été construite en dialogue avec des praticiens Vodun de haut rang, des médiateurs culturels et les acteurs de la conservation du patrimoine royal d'Abomey. Un point particulièrement intéressant est l'importance accordée à la manipulation physique de l'objet : même en l'absence de destruction, le contact, le transport ou la manipulation par des personnes extérieures peuvent théoriquement entraîner une « corruption » rituelle nécessitant ultérieurement des rites de purification. Les auteurs proposent donc idéalement la présence d'un adepte, voire sa participation directe au transport et au positionnement de l'objet sur la table du scanner.

L'article rappelle également que la notion même de « désacralisation » est relative. Un objet provenant d'une fouille archéologique ou acquis sur un marché de praticien peut être considéré comme « désacralisé », mais cela ne signifie pas qu'il a perdu toute valeur sacrée : il peut être compris comme « dormant » ou désactivé, c'est-à-dire momentanément privé de son interaction avec la divinité ou les pratiquants.

Enfin, les auteurs insistent sur les limites épistémologiques du CT-scan. L'imagerie renseigne sur la structure, les densités, les inclusions et les éventuelles fragilités, mais elle ne permet pas d'identifier directement la composition chimique ou la signification symbolique des éléments observés. L'interprétation doit donc être nécessairement interdisciplinaire, associant radiologie, archéologie, chimie, histoire de l'art et ethnographie. Le CT constitue ainsi un élément d'une stratégie analytique plus large, et non une « vérité » autonome.

Pour synthétiser, cet article défend finalement un principe particulièrement fécond pour l'anthropologie du patrimoine : « connaître sans détruire ». Le CT-scan devient simultanément un outil d'investigation scientifique, de conservation préventive et de médiation éthique. Il contribue ainsi à l'émergence d'une véritable « radiologie du patrimoine », située à l'interface de l'imagerie médicale, de l'archéométrie, de la conservation et de l'anthropologie des pratiques rituelles vivantes. Mais cet article pose aussi des limites à ne pas franchir pour ne pas heurter la sensibilité des populations dont sont issus ces objets déplacés.Le lien vers l'article (en accès libre) : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2772652526000013


https://www.uvsq.fr/quelle-est-la-frontiere-entre-savoir-sans-detruire-et-reveler-ce-qui-doit-rester-cache


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