Iran/États-Unis : aux sources idéologiques de l'affrontement 10.9.2026 Farid Vahid | Institut Montaigne Depuis mars 2026, Mojtaba Khamenei est devenu le nouveau Guide suprême de l'Iran, prenant la succession de son père tué par une frappe israélo-américaine. En pleine guerre entre Téhéran et Washington, il est impératif de comprendre quelle vision du monde irrigue la perception de l'adversaire par la république islamique. Plongée aux sources intellectuelles et historiques de l'"occidentalite", cette vision du monde caractérisée par une détestation de l'Occident qui interdit toute considération transactionnelle ou pragmatique du conflit. Entre la République islamique et l’Occident : au-delà des crises géostratégiques, des visions du monde en conflit Lors d’une cérémonie religieuse en août 2024, l’ayatollah Khamenei déclarait : "L’argent ne mérite pas d’être le but de la vie. Le statut, le pouvoir et les positions sociales sont bien trop dérisoires pour constituer l’objectif d’une vie humaine. Le but de la vie est la servitude [envers Dieu], c’est d’atteindre Dieu. Et pour y parvenir, l’unique chemin est celui-ci : la paix avec ceux qui sont en paix avec vous, et la guerre contre ceux qui sont en guerre contre vous." Ces derniers mots, qu’Ali Khamenei reprenait régulièrement dans ses discours et ses enseignements théologiques, renvoient directement à un verset du Coran, souvent mobilisé dans la pensée islamiste pour penser le rapport entre les croyants et leurs adversaires : "durs envers les mécréants, miséricordieux entre eux." La conception de l’"ennemi" (doshman, دشمن), terme récurrent dans le vocabulaire d’Ali Khamenei, constitue l’une des clés de lecture principales de sa pensée politique. Comprendre cette représentation de l’altérité et du conflit permet ainsi d’éclairer plus profondément la politique étrangère de la République islamique : sa conception de l’adversaire, la permanence de certaines formes d’antagonisme et, plus largement, la place que le conflit occupe dans sa représentation de l’ordre politique international. Depuis la révolution de 1979, qui mit fin à la monarchie en Iran et donna naissance à la République islamique, les relations entre Téhéran et les pays occidentaux, au premier rang desquels les États-Unis, n’ont cessé de se dégrader, au point de donner parfois le sentiment d’une confrontation sans issue. L’Iran, qui avait été sous le règne du Shah l’un des principaux piliers de l’ordre régional, se présente désormais comme le fer de lance d’un mouvement de "résistance" à l’"occidentalisation" du Moyen-Orient et prétend promouvoir, par l’exportation de sa révolution islamique, un modèle politique présenté comme authentique et affranchi de l’influence occidentale. "L’Iran, qui avait été sous le règne du Shah l’un des principaux piliers de l’ordre régional, se présente désormais comme le fer de lance d’un mouvement de “résistance” à l’“occidentalisation” du Moyen-Orient". À l’exception notable de l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA), signé à Vienne en 2015, les relations irano-américaines ont ainsi été marquées par une succession de crises, de la prise d’otages de l’ambassade des États-Unis à Téhéran en 1979 jusqu’à la guerre de 2026, déclenchée par les frappes israélo-américaines du 28 février, qui ont entraîné la mort de l’ayatollah Ali Khamenei ainsi que d’un nombre important de ses conseillers et commandants militaires. Mais réduire la confrontation entre la République islamique et les États-Unis à une succession de dossiers stratégiques et de questions techniques risque de faire passer à côté de l’essentiel. Si le différend entre Téhéran et Washington se limitait au taux d’enrichissement de l’uranium, à la portée des missiles balistiques ou encore à la gestion des corridors maritimes du détroit d’Ormuz, aussi complexes ces questions soient-elles, une issue diplomatique pourrait en théorie être trouvée. Or, comme l’a lui-même affirmé l’ayatollah Khamenei, le conflit entre la République islamique et les États-Unis est d’une nature "essentielle et existentielle". Certains pourraient voir dans les mots de l’ayatollah Khamenei le simple produit d’un discours populiste et religieux destiné à mobiliser une base politique autour d’un ennemi extérieur aisément identifiable. Une telle lecture serait pourtant insuffisante. Pour comprendre la nature de l’animosité des dirigeants de la République islamique à l’égard des États-Unis et, plus largement, de l’Occident, il faut s’intéresser à un concept particulièrement présent dans la pensée des théoriciens du régime iranien et dans son vocabulaire politique : celui de Weltanschauung. Le terme allemand, généralement traduit par "vision du monde", désigne une représentation de l’homme, de l’histoire, de la société et de leur finalité. La notion trouve en persan un équivalent dans le terme jahan-bini (جهان‌ بینی), qui occupe une place centrale dans le vocabulaire intellectuel et idéologique de la République islamique, comme en témoignent les archives du Guide Ali Khamenei [1989-2026]. Cette récurrence n’est pas anodine. Elle témoigne de l’importance accordée à l’existence de différentes façons de "concevoir le monde" et à leur incompatibilité supposée. Pour comprendre la jahan-bini de la République islamique, et la manière dont celle-ci entre en tension avec les conceptions libérales et démocratiques qui se sont développées en Occident, il faut donc remonter quelques décennies en arrière, au moment où se sont constituées les matrices intellectuelles, politiques et culturelles de ceux qui allaient faire la révolution de 1979. Les généalogies paradoxales de l’islam politique iranien Les débats politiques et philosophiques qui animèrent les intellectuels iraniens au XXe siècle furent en grande partie structurés par une question fondamentale : celle du rapport entre tradition et modernité. De la révolution constitutionnelle persane de 1905 aux débats télévisés des années 1980 opposant les révolutionnaires se revendiquant heideggériens ou poppériens, la question de l’appropriation de la modernité occidentale, ou, au contraire, celle d’une rupture avec elle et d’un retour aux racines "irano-islamiques" a profondément façonné l’histoire de la pensée politique iranienne. Un pays humilié et brutalisé L’Iran du début du XXe siècle est un pays profondément fragilisé par les bouleversements politiques des siècles précédents et par l’enchaînement des conflits qui ont marqué son histoire contemporaine. Depuis la chute d’Ispahan en 1722 et la fin brutale de la dynastie safavide, le pays connut une succession de dynasties, de guerres civiles et de conflits avec les puissances voisines. Les guerres russo-persanes du XIXe siècle ont notamment entraîné la perte d’une partie considérable des territoires septentrionaux de la Perse au profit de l’Empire russe, un épisode qui demeure, encore aujourd’hui, profondément ancré dans la mémoire historique iranienne. À ces traumatismes territoriaux s’ajoute l’ingérence croissante de puissances étrangères, notamment la rivalité stratégique entre les Empires britannique et russe en Asie centrale et en Perse (The Great Game). Dans le même temps, les souverains qadjars se révèlent incapables de construire un État moderne et efficace. Leur pouvoir repose largement sur des réseaux de clientélisme, une corruption endémique et le recours à une violence extrême contre leurs sujets. L’État demeure faiblement institutionnalisé, son administration largement défaillante et ses finances chroniquement fragiles. Plus encore, alors que les puissances européennes consolident progressivement leur souveraineté et leurs institutions, les souverains qadjars accordent à des entreprises et à des ressortissants étrangers des concessions et des privilèges considérables, au détriment des intérêts économiques et de la souveraineté du pays. Dans ce contexte de violence, d’humiliation et de méfiance, l’influence des intellectuels iraniens ayant séjourné, étudié ou vécu en Europe est considérable. Au contact des idées constitutionnelles, libérales et nationalistes qui traversent alors le continent européen, certains d’entre eux cherchent à penser les conditions d’une transformation politique de leur propre pays. Le mouvement constitutionnaliste iranien, qui aboutit à la révolution constitutionnelle de 1905-1911, constitue à cet égard un moment fondateur. Il ouvre un espace politique inédit autour de la représentation, de la limitation du pouvoir et de l’État de droit. Si le mouvement est finalement durement réprimé, notamment avec le bombardement du Parlement à Téhéran en 1908 par les forces cosaques persanes placées sous commandement russe, les idéaux constitutionnalistes continuent de façonner la vie politique et intellectuelle iranienne au cours des décennies suivantes. Les racines contemporaines de l’Islam politique en Iran Avec l’avènement de la dynastie Pahlavi, une profonde transformation institutionnelle s’engage. Le fondateur de la dynastie, Reza Shah, entreprend de centraliser le pouvoir et jette les bases d’un État moderne, tandis que l’économie, l’armée et les élites du pays se transforment progressivement. Mais l’occupation de l’Iran par les forces britanniques et soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale, puis l’abdication forcée de Reza Shah en 1941, ravivent un sentiment d’humiliation nationale et nourrissent une méfiance durable à l’égard des puissances occidentales. Les années 1940 voient l’émergence d’un espace politique et intellectuel particulièrement foisonnant : le parti Toudeh importe en Iran les idées communistes, les nationalistes religieux et les intellectuels de gauche développent leur propre projet politique, tandis que les Fedayin de l’islam de Navvab Safavi portent une vision radicalement islamiste. Malgré leurs profondes divergences, ces courants se retrouvent néanmoins autour d’un langage politique commun : l’anti-impérialisme et la critique de l’Occident. L’Occidentalite L’un des intellectuels les plus influents sur les courants révolutionnaires iraniens, Ahmad Fardid (1909-1994), est un ancien étudiant en philosophie à la Sorbonne puis à Heidelberg dans les années 30. Il entreprend, de retour en Iran, de diffuser une lecture très personnelle de sa pensée et contribue à populariser le concept de gharbzadegi (غرب ‌زدگی), que l’on pourrait traduire par "occidentalite" ou "intoxication par l’Occident". Le terme sera ensuite popularisé par l’écrivain Jalal Al-e Ahmad dans son essai Gharbzadegi, publié en 1962. Fardid s’appuie notamment sur Heidegger pour développer une critique radicale de l’Occident, de son nihilisme et de son "oubli de l’Être", mais aussi de l’américanisme et du soviétisme, qu’il perçoit comme les deux faces d’une même emprise planétaire de la technique. À cette modernité occidentale jugée inauthentique, il oppose la possibilité d’une renaissance spirituelle proprement iranienne et islamique. En faisant de la critique de l’Occident et de la quête d’une authenticité iranienne des questions philosophiques, Fardid, devenu enseignant à l’université de Téhéran, contribue à créer un langage intellectuel dont les éléments allaient trouver un écho important dans la révolution islamique. L’islam comme rempart authentique à l’aliénation occidentale En parallèle des débats sur la tradition et la modernité qui traversaient les milieux intellectuels iraniens, le clergé chiite connaît lui aussi, des années 1940 aux années 1960, d’intenses débats sur la place de l’islam dans la politique. Face aux conceptions plus prudentes d’une partie du clergé traditionnel, qui privilégie une certaine distance entre l’autorité religieuse et l’exercice direct du pouvoir, certains religieux cherchent au contraire à théoriser une gouvernance fondée sur l’autorité du clergé. Ils s’appuient notamment sur les écrits de Sayyid Qutb, fondateur des Frères musulmans, dont l’essai L’Islam et les problèmes de la civilisation (Al-Islām wa-musykilāt al-hadārah), publié en 1962, trouve un écho important auprès d’une partie du clergé iranien. Ali Khamenei lui-même le traduit en persan avec son frère Hadi en 1970. De son côté, l’ayatollah Khomeini, devenu progressivement l’une des figures les plus influentes du clergé chiite iranien dans les années 1940, développe et systématise la théorie du Velayat-e Faqih (ولایت فقیه). Selon celle-ci, en période d’"attente" du retour de l’"Imam caché", la gouvernance de la société doit revenir aux juristes religieux, dépositaires de l’autorité nécessaire pour faire appliquer la loi islamique. La pensée politique de Khomeini évolue mais finit par s’inscrire dans une vision du monde radicalement opposée à celle qu’il attribue à l’Occident. Pour lui, Dieu, et non l’homme, devait être au centre de l’ordre politique, et la légitimité du pouvoir repose sur sa capacité à faire respecter la volonté divine. Il dénonce ainsi l’"occidentalite" et l’"auto-humiliation" qui, selon lui, conduisent les Iraniens à devenir de simples consommateurs de valeurs et de produits venus d’Occident. Dans une célèbre lettre adressée à Mikhaïl Gorbatchev en 1989, Khomeini l’invite notamment à lire les philosophes iraniens Avicenne et Fârâbi, avant d’ajouter : "Le vrai problème de votre pays n’est ni la propriété, ni l’économie, ni la liberté. Votre problème, c’est l’incroyance en Dieu." On voit ainsi se dessiner, dans l’Iran prérévolutionnaire, un rapprochement pour le moins inattendu : d’un côté, des intellectuels laïcs, des universitaires et des penseurs ayant vécu et étudié en Occident, de l’autre, une partie du clergé chiite et les nouveaux théoriciens de l’islam politique. Malgré des traditions intellectuelles et des projets politiques profondément différents, certains se retrouvent autour d’une même critique de la modernité occidentale, de l’impérialisme et de l’aliénation, contribuant ainsi à poser les fondations intellectuelles de la révolution de 1979. Il ne s’agit évidemment pas ici de retracer l’ensemble des trajectoires et des courants qui participent à la révolution iranienne, mais de comprendre la généalogie particulière de la pensée politique qui finit par s’imposer. Comprendre les différentes rationalités pour mieux penser l’autre Lors de sa rencontre annuelle avec les commandants de l’armée de l’air, en février 2013, l’ayatollah Khamenei déclare, à propos des négociations avec les États-Unis : "Je ne suis pas diplomate, je suis révolutionnaire. Je dis les choses avec franchise et honnêteté." Il ajoute par la suite : "Vous [les États-Unis] pointez votre arme sur le peuple iranien en disant : soit tu négocies, soit je tire, afin d’effrayer le peuple iranien. Sachez que le peuple iranien ne se laissera pas intimider par ce genre de choses." Quelques mois plus tard, les Iraniens votent massivement pour Hassan Rohani, candidat qui porte un discours à l’opposé de celui de l’ayatollah Khamenei et promet une ouverture par la négociation. Deux ans plus tard, l’accord sur le nucléaire iranien est signé à Vienne entre l’Iran et les pays du P5+1. Le Guide garde cependant ses distances avec cet accord et fait régulièrement part de sa méfiance à l’égard des États-Unis, mais aussi de la politique étrangère menée par le gouvernement de Hassan Rohani. Cette séquence rappelle que le nezam(نظام, qui signifie littéralement "système" et qui désigne le "régime" dans le vocabulaire politique iranien) est loin d’être un ensemble monolithique. Son circuit décisionnel est complexe et traversé par des courants politiques et institutionnels qui ne partagent pas toujours les mêmes visions, ni les mêmes priorités. L’anti-américanisme constitue néanmoins une composante fondamentale de la matrice de pensée d’Ali Khamenei, dont il ne s’est jamais départi. Cela ne l’a pas empêché d’accepter, lorsque les circonstances l’imposaient, des décisions qui pouvaient sembler entrer en contradiction avec certains principes révolutionnaires. Le JCPOA en fournit un exemple, tout comme l’acceptation par l’ayatollah Khomeini, en 1988, de la résolution mettant fin à la guerre Iran-Irak, qu’il décrivit lui-même comme un "calice de poison" (jâm-e zahr, جام زهر). De même, la stratégie du "regard vers l’Est", développée sous Khamenei à travers le rapprochement stratégique avec la Russie et la Chine, s’est progressivement éloignée du principe "Ni l’Est, ni l’Ouest, la République islamique", cher à Khomeini et encore inscrit sur la façade du ministère iranien des Affaires étrangères. Les fondements idéologiques du régime ne doivent donc être ni absolutisés ni négligés. Les réalités économiques, militaires et sociales imposent leurs contraintes et peuvent conduire le pouvoir à infléchir ses choix. Mais il serait erroné de considérer, comme Donald Trump a pu le faire en lançant son offensive en février, que les dirigeants iraniens finiraient nécessairement par céder face à ces contraintes. L’une des erreurs des États-Unis fut notamment de projeter leur propre rationalité sur leur adversaire, en supposant que les dirigeants iraniens effectueraient le même calcul coûts-bénéfices que celui qui serait considéré comme rationnel à Washington. La réalité économique du pays marquée par une forte corruption et le poids important des "bonyad" (fondations) du régime ont pu parfois occulter sa dimension idéologique. Alors que pour Ali Khamenei, l’anti-américanisme et la résistance au Taghut constituent une part intégrante de l’"intérêt du régime" et de sa "légitimité". Ils sont ainsi, pendant des décennies, l’alpha et l’oméga de sa vision géopolitique. "L’une des erreurs des États-Unis fut notamment de projeter leur propre rationalité sur leur adversaire, en supposant que les dirigeants iraniens effectueraient le même calcul coûts-bénéfices que celui qui serait considéré comme rationnel à Washington." Cela ne signifie pas pour autant que la République islamique soit étrangère à toute logique pragmatique ou stratégique. La réponse de Téhéran à la guerre israélo-américaine, notamment l’usage du détroit d’Ormuz comme levier de pression sur l’économie mondiale, illustre au contraire sa capacité à exploiter avec pragmatisme les rapports de force à son avantage. Mais cette rationalité stratégique se heurte bien souvent à d’autres ressorts, comme en témoigne la réserve des conservateurs iraniens à l’égard du mémorandum d’entente signé à Versailles, pourtant favorable à bien des égards à leurs intérêts. L’ayatollah Khamenei était convaincu du déclin progressif de l’Occident, du recul de la puissance américaine et de l’affirmation croissante de la Chine et de la Russie dans le "nouvel ordre mondial". Il envisageait ainsi l’émergence d’un ordre international dans lequel l’Asie de l’Ouest pourrait progressivement s’affranchir de la présence américaine. L’idéologie, conjuguée à une méfiance historique profondément ancrée à l’égard de l’Occident, a ainsi fini par façonner une perception géopolitique dans laquelle les certitudes du régime ont souvent pris le pas sur les ambiguïtés et les nuances du réel. La société iranienne, quant à elle, s’est largement émancipée du discours idéologique de la République islamique, qui n’a pu se maintenir au pouvoir qu’au prix d’un recours sans limite à la répression. C’est sans doute là l’une des plus grandes défaites du régime : près d’un demi-siècle après la révolution islamique, celle qui ambitionnait d’étendre sa vision du monde à l’ensemble de la région, n’est non seulement pas parvenue à la transmettre à sa propre population, mais voit désormais une large partie de cette société aspirer à un modèle qui en constitue presque l’antithèse. Même une guerre déclenchée par Israël et les États-Unis, qui entre pourtant en cohérence avec le discours idéologique de la République islamique d’une confrontation inévitable avec l’Occident et qui est particulièrement adapté au temps de guerre, n’a pas réussi à mobiliser et à provoquer une nouvelle dynamique, preuve de plus de la rupture irréversible entre le régime et la population. Les analyses d’une victoire totale de l’Iran dans ce conflit sont donc à relativiser de ce point de vue. Pour autant, cette émancipation ne signifie pas que les catégories de pensée de ses dirigeants aient disparu. Face aux crises géopolitiques avec l’Iran, il est donc essentiel de comprendre la rationalité, et l’univers intellectuel de ceux qui le gouvernent afin d’anticiper leurs comportements et de prendre les décisions les plus pertinentes. La question est désormais de savoir quelle trajectoire prendra la "République islamique 3.0" et si Mojtaba, le nouveau Guide, qui a succédé à son père en mars, ou ceux qui exercent réellement le pouvoir autour de lui, poursuivront la voie d’Ali Khamenei ou mèneront la mutation déjà amorcée du régime vers un système militaro-oligarchique. Se posera alors la question de l’arbitrage, sous son autorité, entre la fidélité à la matrice idéologique du Nezam et la nécessité de composer avec les réalités du terrain, une tension qui traverse la République islamique depuis sa naissance. "Face aux crises géopolitiques avec l’Iran, il est donc essentiel de comprendre la rationalité, et l’univers intellectuel de ceux qui le gouvernent afin d’anticiper leurs comportements et de prendre les décisions les plus pertinentes." Copyright AFP Une femme avec les photos des Guides suprêmes successifs, Mojtaba Khamenei, Ali Khamenei et Ruhollah Khomeini, à Téhéran le 13 mars 2026 https://www.institutmontaigne.org/expressions/iran-etats-unis-aux-sources-ideologiques-de-laffrontement