Aquaculture : de nouveaux virus chez les bars

25.8.2026 - | Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation

Des mortalités suspectes et des symptômes inhabituels dans un élevage de bars ont conduit à la découverte de deux nouveaux virus par des scientifiques de l’Anses. L’équipe a mené des recherches pour mieux comprendre les effets de ces virus et leur mode de transmission.

L’unité Virologie, immunologie et écotoxicologie des poissons (VIMEP) du Laboratoire de Ploufragan-Plouzané-Niort de l’Anses a été contactée à la suite d'une maladie inexpliquée affectant des alevins dans une écloserie de bars (Dicentrarchus labrax). Même si la mortalité restait faible, les jeunes poissons présentaient des pustules et des ventres gonflés qui empêchaient leur commercialisation. Après avoir fait des prélèvements et des analyses génétiques, le laboratoire a découvert non pas un mais deux nouveaux virus.

L’un d’eux appartient à la famille des Flaviviridae et a été nommé dicentrarchus labrax pesti-like virus (DLPLV). L’autre, de la famille des Astroviridae, a été nommé dicentrarchus labrax astro-like virus (DLALV).

« Aujourd’hui, les découvertes de nouveaux virus chez les poissons sont assez fréquentes du fait du développement d’analyses métagénomiques qui permettent de les identifier », explique Lénaïg Louboutin, scientifique dans l’unité VIMEP et principale auteure de l’étude.

Toutefois, la découverte de virus de ces deux familles chez le bar est une première. Elle a fait l’objet d’une publication dans la revue Veterinary research en mai 2026.

Comprendre comment les virus se transmettent

Pour mieux comprendre le mode de transmission des virus et leur pathogénicité, les scientifiques ont effectué plusieurs expérimentations. Ils ont notamment mis en contact des alevins provenant de l’élevage et présentant des signes cliniques avec des alevins sains. Ces contacts ont été soit directs, les poissons étant positionnés dans le même bac, soit indirects, les alevins sains étant dans un panier à l'intérieur du bac, qui laissait passer l’eau mais pas les poissons.

Des pustules ont été brièvement observées chez un quart des animaux placés dans le panier. Le DLALV a été détecté chez eux et pourrait donc être à l’origine de ces symptômes. Le DLPLV a en revanche été détecté uniquement chez les alevins en contact direct avec leurs congénères porteurs du virus, ce qui semble indiquer qu’il se transmet par contact rapproché et non via l’eau. Aucune mortalité n’a été observée.

Des alevins ont également été infectés expérimentalement par immersion dans des solutions contenant les virus ou bien par injection. Ces expérimentations n’ont pas reproduit les signes cliniques observés dans l’écloserie. Cependant l’infection par immersion avec le virus DLPLV a provoqué une mortalité de 8 à 16 %.

Les résultats des expérimentations ne permettent pas de conclure avec certitude sur le niveau de risque que représentent ces virus pour la santé des bars et la filière aquacole. Les différences observées entre l’écloserie et les infections expérimentales pourraient notamment s’expliquer par le fait que les signes cliniques proviennent de la combinaison de plusieurs facteurs.

Mise au point de tests pour repérer les nouveaux cas

Les scientifiques ont développé des tests pour détecter ces nouveaux virus par PCR, ainsi que pour détecter les anticorps spécifiques dirigés contre le DLPLV. Les anticorps sont produits par le système immunitaire en réaction à l’exposition à un agent pathogène. Leur présence permet de savoir qu’un individu a été en contact avec un virus, mêmes si celui-ci n’est plus présent. Ces tests permettront de repérer rapidement de nouvelles contaminations et d’éviter ainsi la propagation de ces virus.

Le test de détection développé a permis d’identifier le virus DLPLV dans une seconde écloserie, sans lien avec la première. Les virus ont pu être éliminés des écloseries touchées en désinfectant les bassins et aucun nouveau cas n’a été signalé depuis.

Cette découverte rappelle l’importante diversité des virus affectant les poissons et le besoin de surveillance pour repérer les virus inconnus et étudier le risque potentiel qui leur est associé.

En savoir plus

Characterization of novel pestiand astro-like viruses in hatchery-reared European seabass (Dicentrarchus labrax) associated with health disorders and low mortality


https://www.anses.fr/fr/content/aquaculture-de-nouveaux-virus-chez-les-bars