Dans le cadre d’ISALA NOVA, projet de recherche-action porté par l’UMONS et l’UNamur pour faire progresser l’égalité de genre dans les carrières scientifiques et académiques, Laurence Ris, future première vice-rectrice de l’UMONS, revient sur les enjeux d’égalité, de diversité et d’inclusion au sein de l’université. Elle partage ses priorités pour les prochaines années et le rôle que peuvent jouer de telles initiatives dans l’évolution des pratiques et de la culture institutionnelle. Interview.
Laurence Ris : Comme beaucoup de personnes de ma génération, j’ai construit ma carrière dans un environnement académique où les postes à responsabilité étaient encore largement occupés par des hommes. Je n’ai jamais considéré que le fait d’être une femme constituait un obstacle à mon développement professionnel. Pourtant, avec le recul, je peux reconnaître que certains obstacles existaient bel et bien, parfois de manière visible, parfois de manière plus subtile.
Cette expérience m’a appris que les changements durables se construisent rarement dans la confrontation. Je ne me définis ni comme une révolutionnaire ni comme une activiste. En revanche, je crois profondément en la force des convictions portées avec constance, cohérence et détermination. C’est en incarnant soi-même les valeurs que l’on défend que l’on contribue le mieux à faire évoluer les pratiques et les mentalités.
Pour moi, l’université doit être un lieu où aucune caractéristique personnelle, qu’il s’agisse du genre, de l’origine sociale ou culturelle, du handicap, de l’âge, de l’orientation sexuelle ou de toute autre différence, ne devrait influencer les choix de vie, les opportunités, les parcours de carrière ou la reconnaissance des mérites. L’égalité des chances ne signifie pas l’uniformité des parcours ; elle signifie que chacun et chacune doit pouvoir développer pleinement son potentiel.
Je ne pense pas que nous puissions considérer que ces objectifs sont aujourd’hui atteints. Et lorsque l’on élargit le regard au-delà de nos institutions, on constate que de nombreuses personnes continuent d’être privées d’opportunités ou de droits fondamentaux en raison de caractéristiques qui ne devraient jamais déterminer leur avenir.
| C’est précisément pour cette raison que les universités ont un rôle essentiel à jouer. Non seulement parce qu’elles forment les générations futures, mais aussi parce qu’elles doivent être exemplaires dans leur manière de reconnaître les talents, de garantir l’équité et de promouvoir un environnement respectueux de toutes et tous.
Mais au fond, je suis convaincue que la diversité n’est pas uniquement une question de justice. C’est aussi une condition de la qualité de nos enseignements, de la richesse de nos recherches et de notre capacité collective à comprendre un monde de plus en plus complexe. Une université qui accueille et valorise la pluralité des parcours et des points de vue est une université plus forte, plus créative et plus pertinente pour la société qu’elle sert. |
Quelles sont vos principales ambitions pour l’UMONS dans ces domaines au cours de votre mandat ?
Laurence Ris : Avant d’évoquer de nouvelles ambitions, il me paraît important de souligner le travail déjà accompli ces dernières années à l’UMONS. L’université s’est dotée d’un Plan Genre et Diversité structuré, qui a permis de développer de nombreuses actions en matière d’égalité, de lutte contre les discriminations et le harcèlement, de sensibilisation aux biais inconscients, de prise en compte des besoins spécifiques des étudiants et d’intégration des questions de genre dans l’enseignement et la recherche. Ce travail a créé des bases solides sur lesquelles nous pouvons aujourd’hui nous appuyer.
Mon ambition est donc de consolider cette dynamique. Au cours des années à venir, ces questions seront portées en étroite collaboration avec mes deux conseillers à l’équité, la diversité et l’inclusion, Dimitri Cauchie et Claire Martinus. Leur expertise et leur engagement constitueront des atouts essentiels pour poursuivre le développement d’une politique ambitieuse, cohérente et ancrée dans les réalités du terrain.
Je suis également convaincue que les progrès dans ces domaines ne peuvent être construits de manière isolée. Les défis liés à l’égalité, à la diversité et à l’inclusion dépassent largement le cadre d’un seul établissement. Ils nécessitent un dialogue permanent avec les autres universités, avec les réseaux de l’enseignement supérieur, avec les acteurs de la société civile et avec les autorités publiques. Les politiques institutionnelles gagnent en pertinence lorsqu’elles s’appuient sur le partage d’expériences, la mutualisation des bonnes pratiques et une réflexion collective sur les évolutions nécessaires de notre système d’enseignement supérieur.
Dans cette perspective, mon ambition est de renforcer encore l’inscription de l’UMONS dans ces dynamiques de coopération, afin que notre université soit à la fois un acteur engagé et un partenaire reconnu dans la construction d’un environnement académique plus équitable, plus inclusif et plus respectueux de la diversité des parcours et des talents. L’objectif est de faire progresser l’université non seulement pour sa propre communauté, mais aussi en contribuant, à notre échelle, aux transformations plus larges de la société.
Laurence Ris : Des initiatives comme ISALA NOVA sont particulièrement importantes parce qu’elles permettent de dépasser le stade du constat pour engager une véritable transformation institutionnelle. Leur force réside dans leur approche participative et fondée sur la recherche : elles associent les membres de la communauté universitaire à l’identification des freins qui limitent encore l’égalité des chances dans les carrières académiques et scientifiques, afin de faire émerger des solutions adaptées aux réalités du terrain.
Elles contribuent également à créer une dynamique collective. Les changements les plus durables ne résultent pas uniquement de décisions prises au niveau de la gouvernance, mais aussi de l’adhésion et de l’engagement des personnes qui font vivre l’université au quotidien. En favorisant les échanges d’expériences, la réflexion collective et le développement d’un réseau d’ambassadeurs et d’ambassadrices du changement, ISALA NOVA participe à l’émergence d’une culture institutionnelle plus inclusive et plus équitable.
Au-delà de la question du genre, ce type d’initiative nous invite à réfléchir plus largement à la manière dont nous construisons nos carrières, évaluons les talents et créons les conditions de l’épanouissement de chacun et chacune. C’est en expérimentant de nouvelles approches, en évaluant leur impact et en partageant les bonnes pratiques que l’université pourra continuer à progresser vers un modèle toujours plus ouvert, juste et attractif.
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